Alle lacrime… Émouvoir aux larmes. Que ce soit dans la plus exubérante joie ou dans la plus poignante tristesse, ces concerti italiens mettent en scène toute la palette des émotions.
Lorsque le grand Arcangelo Corelli meurt, en janvier 1713, il ne laisse pas seulement le souvenir d’un immense virtuose du violon mais transmet aussi un héritage qui va durablement influencer ses successeurs en Italie et au-delà.
Georg Muffat, dans un heureux oecuménisme, en même temps qu’il portait en Allemagne l’élégance et la discipline française des violons de Lully, s’était fait l’ambassadeur du concerto grosso romain en signant lui-même des pages dans le style de son illustre contemporain. Ce genre est présenté par Muffat en quelque sorte comme une évolution orchestrale de la sonate en trio, c’est-à-dire qu’il en partage certaines caractéristiques formelles (la distinction entre le genre da camera, avec sa suite de danses, et le genre da chiesa, plus contrapuntique et abstrait) mais peut-être aussi l’esprit: une musique de chambre « augmentée » des couleurs de l’orchestre qui permet tous les contrastes et les nuances. Ce type d’orchestration qui fait dialoguer deux groupes d’instruments trouve aussi son origine dans le développement de l’oratorio au cours du 17e siècle et va de pair avec une émancipation progressive des instruments et la naissance de l’«orchestre», dans un sens proche de celui qu’on lui donne aujourd’hui.
Corelli s’est probablement inspiré de son collègue Stradella qui semble être le premier à proposer cette division en concertino et ripieno dans des pièces instrumentales. Les 12 concerti grossi de l’opus 6 de Corelli, publiés après sa mort, en 1714, ont alors constitué un modèle absolu du genre tant pour ses contemporains que pour ses successeurs, par leur perfection formelle et les principes de composition en jeu.
Composition d’orchestre
Jonathan Nubel – violon 1 et directeur artistique
Sandrine Feurer Taillebois – violon 1
Nada Anderwert – premier alto
Céline Portat – deuxième alto
Esther Monnat – violoncelle 1
Hélène Galatea Conrad, Regula Schwab –
Estelle Beiner, Hernàn Linares – violons 2
Jean Gaudy – violoncelle 2
Darija Andzakovic – contrebasse
Philippe Despont – clavecin
Jonathan Rubin – théorbe
Enregistré à l’ancienne église des Jésuites – Porrentruy (Suisse)